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Les
défis auxquels les différentes cultures africaines font face
foisonnent, particulièrement ceux qui affectent les divers
royaumes répandus sur tout le continent. Ces derniers, bien
que minoritaires parmi ceux qui ont conservé leurs cultures
et structures traditionnelles, n’échappent guère à cette
inébranlable invasion culturelle occidentale mais aussi
régionale.
La
prédominance des cultures occidentales émane du fait que les
pays européens, anciens colonisateurs, ont imposé pendant
près de cent ans leurs langues, leurs structures politiques,
et leurs histoires sur les peuples africains, avec
l’exception de l’Ethiopie qui a l’unicité historique de
n’avoir subi la colonisation italienne que pendant cinq ans.
Les
européens se sont pleinement engagés dans une campagne de
diabolisation des peuples autochtones. Etant militairement
plus faibles, les africains ne purent résister que
temporairement à cet assaut. La balance des pouvoirs
penchait contre les africains. Et les européens n’allaient
jamais apprendre les langues des « vaincus », aussi
raffinées fussent-elles.
La
conférence de Berlin de 1885 ouvrit les écluses aux forces
coloniales et tous les abus qui, à présent de jure,
légitimaient l’existence des européens en Afrique. Soit dit
en passant, lors des années initiales de la colonisation,
les européens avaient manqué une opportunité en or
d’introduire la religion chrétienne en usant plus du
dialogue et des conversions pacifiques au lieu d’un
prosélytisme violent qui mena à la mort de milliers
d’africains, et au rejet dans certains cas, du
christianisme.
Pour
citer un exemple concret, au Congo belge, la primauté de la
langue française se fit par l’officialisation de celle-ci.
Toutes les affaires de l’état devaient se faire dans la
langue française et toute communication entre congolais
(indigènes) et colons ne furent possible que par le
truchement d’interprètes. La minorité européenne dominante
tenait à présent les cartes du pouvoir, et tout africain
dut apprendre la langue française, anglaise, portugaise
selon le colonisateur.
La
maîtrise de la langue de l’oppresseur était devenue une des
voies permettant la mobilité sociale qui rappelons-le était
limitée par un plafond de verre. Malgré les efforts assidus
qu’ils fournirent à l’apprentissage du français, les
congolais, comme d’autres africains tout aussi malchanceux,
ne pouvaient se contenter que d’études au grand séminaire ou
à des stages qui menaient à des postes de subalternes dans
l’administration.
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Aujourd’hui la colonisation a été remplacée par le
néo-colonialisme, le prosélytisme par l’évangélisation, et
l’imposition des cultures européennes par une soif
inassouvie de MTV, BET, CNN, et TV5. Ayant perdu leurs
identités culturelles et linguistiques dans certains cas,
les africains ne lésinent pas à consommer tout ce qui est
occidental, malheureusement avec peu de distinction entre le
positif et le négatif.
Les
occidentaux peuvent ainsi sourire avec satisfaction car un
large marché de consommateurs a été créé pour le bénéfice
des multinationales, au grand
dam des produits africains. Devant une telle
prédominance, les royaumes africains, derniers terroirs des
structures culturelles, traditionnelles et politiques de
l’Afrique sont impuissants face à l’effritement de leurs
histoires. En effet, l’invasion des cultures occidentales ne
se limite pas aux centres urbains. Elle est ressentie jusque
dans les villages, où elle continue sa longue marche vers
l’affaiblissement des traditions dans certains cas, et voire
leurs oblitérations dans d’autres.
Rappelons tout de même qu’en Afrique l’imposition des
langues occidentales, à certains degrés, a été bénéfique et
positive. Rien que dans le RD Congo, il y a près de 250
groupes ethniques, chacun utilisant une langue distincte.
Les quatre langues nationales, Kikongo, Lingala, Tshiluba et
Swahili ne sont que des palliatifs. (Notez que j’ai choisi
d’utiliser le mot « langue » au lieu de l’arbitraire
« dialecte »). Sans la langue française, les differents
groupes ne seraient capables de communiquer sans l’aide
d’interprètes. Ces 250 barrières linguistiques, pour ne
citer que le cas du RD Congo, auraient endiguées les
échanges commerciaux, toujours faibles, et peut-être même la
bonne entente aussi apparente soit-elle, qui existe entre
les peuples.
Pour
les royaumes anciens, la menace est endogène, et exogène,
c’est a dire qu’elle vient des villages ou groupes ethniques
avoisinants. L’un des corollaires dans le calcul des
colonisateurs était d’affaiblir les pouvoirs des royaumes
anciens sur tous les bords, afin d’assurer la pérennité de
la colonisation. Cet objectif porta des fruits et provoqua
un bouleversement des pouvoirs. Les cultures dominantes
virent leurs influences réduites et ainsi un processus de
dissolution de leurs cultures commença, parfois en faveur
d’autres groupes historiquement plus faibles. Les voyages à
la recherche de l’emploi, très souvent vers les villes,
ainsi que les déracinements divers, forcés ou volontaires,
sont des facteurs causatifs de ce malaise africain.
Sans un
réveil culturel immédiat et un renouveau de la fierté
linguistique et traditionnelle, les royaumes africains et
l’Afrique en général sont en passe de perdre leurs identités
et risquent ainsi d’être déboussolé.
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